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In memoriam | Bernard Stiegler, le philosophe du Libre nous a quitté | Épineuil-le-Fleuriel | Août 2020

vendredi 21 août 2020

Le logiciel libre peut redonner sens à nos vies

Bernard Stiegler disait « Le logiciel libre peut redonner sens à nos vies »

Bernard Stiegler, un philosophe en lutte. Dans sa ligne de mire : un capitalisme addictif qui aspire le sens de nos existences. Son remède : une économie de la contribution.

Ce n’est plus un secret pour personne : le capitalisme est en train d’être dévoré par ses propres effets toxiques. En 2005, parmi d’autres voix peu écoutées alors, une association française, Ars Industrialis, lancée par quatre philosophes et une juriste, avait sonné le tocsin. À l’époque, leur manifeste décrivait les dangers d’un capitalisme « autodestructeur » et la soumission totale aux « impératifs de l’économie de marché et des retours sur investissements les plus rapides possibles des entreprises » et notamment celles actives dans les médias, la culture ou les télécommunications.

« Au 20e siècle, un nouveau modèle s’est substitué au capitalisme industriel et productiviste du 19e : le consumérisme, qu’on assimile au fordisme et qui a cimenté l’opposition entre producteur et consommateur. Le capitalisme productiviste supposait la prolétarisation des ouvriers. Ceux-ci perdaient tout leur savoir-faire qui était transféré aux machines. Avec le consumérisme, ce sont les consommateurs qui perdent leur savoir-vivre, ce qui constitue la deuxième phase de la prolétarisation. »

Chez Stiegler, le savoir-vivre, c’est ce qui permet à un homme de pouvoir développer ses propres pratiques sociales, d’avoir un style de vie particulier, une existence qui n’est pas identique à celle de son voisin. « Le problème du capitalisme, c’est qu’il détruit nos existences. Le marketing nous impose nos modes de vie et de pensée. Et cette perte de savoir-faire et de savoir-vivre devient généralisée. Beaucoup d’ingénieurs n’ont plus que des compétences et de moins en moins de connaissances. On peut donc leur faire faire n’importe quoi, c’est très pratique, mais ça peut aussi produire Fukushima. L’exemple ultime de cette prolétarisation totale, c’est Alan Greenspan, l’ancien patron de la Banque fédérale américaine, qui a dit, devant le Congrès américain qu’il ne pouvait pas anticiper la crise financière parce que le système lui avait totalement échappé. »

France Culture

Pratiquer la philosophie en philosophe
En prison, j’ai commencé à pratiquer la philosophie comme je crois doivent le faire les philosophes. Je pense qu’on peut étudier l’histoire de l’art sans se vouloir artiste, je ne crois pas qu’on puisse étudier la philosophie de l’extérieur sauf à faire ce qu’on appelle l’histoire des idées… il faut se mettre sur le même plan que celui qu’on lit, on tente d’en refaire l’expérience de pensée, d’abord on lui fait crédit sur ce qu’il dit : il faut dire oui à ce qu’on est en train de lire, c’est ma position dans la vie… et en philosophie c’est une position requise.
Bernard Stiegler

L’expérience du silence
Pendant des années, en prison, j’étais enfermé avec moi-même, je ne pratiquais que l’écriture. Un des aspects très importants pour moi de l’expérience carcérale c’est l’expérience du silence absolu. Ça m’est arrivé de rester silencieux pendant des mois, sans dire un mot. J’y ai découvert un phénomène qui, je crois, a peu été étudié par les philosophes, davantage par les religieux, et parfois par des philosophe religieux comme saint Augustin : l’expérience du silence dans lequel tout à coup, ça se met à parler.
Bernard Stiegler

Soigner ce qui est menaçant dans la technique
Trump semble chercher la guerre civile : pour en être arrivé là, il faut vraiment que l’humanité soit tombée très bas dans ce que j’appelle la “dénoétisation”. Je crois que le rôle de la philosophie, et plus largement des savoirs, même des savoirs empiriques y compris le savoir de la mère par rapport à l’enfant, c’est toujours de cultiver la possibilité de penser par soi-même et soigner ce qui, dans la technique, est toujours menaçant, et qui le sera toujours, car la technique ne peut pas être bonne.
Bernard Stiegler

Combattre la toxicité de la technologie en se l’appropriant
Rien n’est plus effrayant aujourd’hui que la gouvernementalité algorithmique et cependant je pense que l’humanité ne peut pas éviter de développer des moyens qui passent par la cybernétique. Je pense qu’il ne faut pas rejeter ces techniques mais il faut les critiquer, ce qui ne veut pas dire simplement les dénoncer mais les transformer. "Stopcovid" est une application qui pose beaucoup de problèmes, et m’en pose à moi aussi… Quand on veut combattre le côté toxique d’une technologie, il faut commencer par se l’approprier…
Bernard Stiegler

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